En arrivant, je rejoins l’IDE et l’autre élève,
Blandine, qui ont déjà commencé le tour depuis une heure. C’est une infirmière
différente de celle d’hier mais gentille et également pointilleuse sur la
réalisation des soins techniques, ce qui est super pour moi qui vais être
évaluée.
La majorité des soins étant faits, j’assiste à un HGT
avec injection d’insuline et une prise de sang d’une patiente que l’IDE dit
difficile à piquer mais qui m’a elle-même proposée de m’entraîner sur elle pour
sa prochaine prise de sang, jeudi matin. Ça, ce n’est pas courant mais pourtant
génial !
Puis nous allons chercher des médicaments dans le
bâtiment d’en face, maison de retraite différente mais ayant la même direction
et le même fonctionnement… sous la pluie déchaînée ! (dans nos blouses à
manches courtes…)
Puis l’IDE de journée arrive (c’est celle d’hier
matin) et après une petite pause, nous allons faire les pansements. J’en fais
un en technique avec l’IDE et deux élèves qui me regardent (même pas stressée,
la fille ! Je progresse !) puis nous allons dans la chambre d’un patient pour
lui faire son aérosol et nous le découvrons en détresse respiratoire : dyspnée
(difficulté à respirer), tachycardie (pouls accéléré), cyanose aux extrémités
du corps (mains et pieds tirant vers le bleu) et avec une saturation à 64% au
lieu de supérieure à 90% ! (ce qui représente une très forte désaturation)
Nous lui mettons donc son aérosol et sommes obligées
de rester avec lui pour lui tenir les mains et le masque car il se débat et
fait tout pour l’enlever. Sa saturation remonte lentement, puis nous le mettons
sous oxygène mais le patient retire les lunettes à oxygène systématiquement et
nous ne pouvons malheureusement pas rester trop longtemps avec lui. Sa
saturation est à 89% quand nous repartons, ce qui est déjà largement mieux. La
petite anecdote de ce patient est que sa voisine de chambre est sa femme. C’est
super de les voir tous les deux sans que la vieillesse ne les ait séparés, au
bout de 60 ans de mariage, ça aurait vraiment été dommage, et pourtant, c‘est
malheureusement souvent ce qui arrive aux couples arrivant à cet âge : quand ce
n‘est pas la mort qui les a séparés, c‘est la vieillesse et la dépendance…
Puis nous allons assister à une pose de sonde urinaire
sur un patient, ce qui est différent et plus risqué que sur une femme.
(risque de lésion et d’hémorragie et, pour ce patient qui a un adénome de la
prostate, risque d’aggraver et léser l’adénome) La présence d’un médecin dans
l’établissement est obligatoire.
Ensuite, j’ai le droit d’aller faire un ECG en solo !
Je prépare l’examen, pose les électrodes, branche tous les câbles et quand tout
est prêt, j’appelle l’IDE qui préfère vérifier elle-même, ce qui est
compréhensible.
Puis nous allons manger, en même temps que les IDE et
nous remontons ensuite au premier étage pour aider l’AS qui est seule avec les
11 patients à les installer à table, leur servir tout ce dont ils ont besoin
pour manger et boire, et nous faisons chacune manger un patient. Après en avoir
ramené deux dans leur chambre, nous assistons à la fin du compte rendu de la
visite et je suis mandatée pour aller prendre une tension par le médecin.
Quand les IDE ont fini d’écrire dans les dossiers et
de ranger un peu la salle de soins, nous allons au deuxième étage où je vois
une injection IVD (intra-veineuse directe : on injecte le médicament
directement dans la veine, comme le nom l’indique) puis elles font les
transmissions avec les AS. Apparemment, il n’y a que les AS du deuxième étage
alors je ne comprends pas trop, ça m’étonnerait qu’elles fassent ça à chaque
étage mais bon… j’en saurais plus quand je serais du soir.
Puis les IDE (celle de journée et celle du soir) sont
appelées pour une urgence au rez-de-chaussée (où il y a foule à l’occasion de
la venue d’une chorale d’enfants) car une patiente se sent mal, dit se sentir
partir et même qu’elle préférerait mourir. Les IDE prennent sa tension, son
pouls, sa saturation et sa glycémie, tout est normal, je remonte la patiente
dans sa chambre et la recouche, le personnel me dit que c’est normal, que cette
patiente dit toujours la même chose, qu’elle ne va jamais bien si on l’écoute,
qu’elle est toujours au bord de mourir selon elle-même. En effet, le peu de
temps que je reste à parler avec elle, elle me répète ces phrases-là, mais je
m’aperçois aussi qu’elle ne veut pas lâcher ma main, je pense qu’elle a surtout
besoin de compagnie, en me prenant la main, elle me remercie de l’écouter.
Voilà ma rétribution symbolique : la reconnaissance ; et voilà ce que je
préfère dans mon statut d’élève : avoir le temps de prendre le temps pour
les patients ! Avoir le choix de prendre le temps pour eux,
avoir le choix de laisser de côté ce que dit l’équipe et tant pis si je perds
du temps parce que la patiente ne veut pas me lâcher, elle a besoin de ce
contact et je ne lui refuserai certainement pas. C’est ma raison d’avancer :
venir en aide à ceux qui en ont besoin, même si c’est « une petite
mémé dans une maison de retraite ». Je me rappelle ce que j’ai dit à mon
entretien pour entrer à l’école d’infirmière et c’est en service que cela a le
plus de sens, et heureusement qu’il y a les stages pour me le rappeler car avec
seulement les cours, la pression des formateurs et des évaluations, il y a de
quoi douter et même abandonner, ce que déjà 25 de mes collègues de première
année ont fait. Nous ne devons jamais oublier nos motivations à apprendre ce
métier, il est si magnifique, si enrichissant !
Il y a rarement des surprises avec les personnes
âgées, elles sont souvent à la recherche de la même chose, en tout cas pour
celles qui sont en maison de retraite : de la compagnie, quelqu’un pour les
écouter et les occuper. Ainsi se termine ma journée.
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