Premier jour de
stage (déjà très angoissant lui-même) de mon premier stage en pédiatrie et
première nuit (qui ajoute à l’angoisse car j’ai peur de ne pas récupérer, de ne
pas pouvoir bien dormir, etc…), j’avoue que j’arrive un peu stressée.
Nous sommes
deux étudiantes dans mon service à faire cette série de nuits. Il y a deux
infirmières (IDE) et une auxiliaire de puériculture (AP). Le service est
composé d’une partie de quatre chambre ados, deux chambre
« infectieux » (pour les gastros, grippes…) , une dizaine de chambre
enfants, trois chambres d’hématologie (où en fait, ce sont toujours les mêmes
enfants qui reviennent, ils ont des maladies du sang, des anémies, etc… et sont
parfois en « fin » de vie) et quatre chambres mère-enfant où un
parent doit être présent 24h/24. Donc beaucoup de parents, qui savent qu’ils ne
seront pas là tout le temps, ont un matelas par terre dans la chambre de leur
enfant pour la nuit. Cette nuit, on a si ou sept mamans qui dorment avec leur
bambin. (pas si bambins car je précise que ce service prend normalement les
enfants à partir de 3 ans)
Quand on
arrive, ce sont les transmissions. L’IDE dit les prénoms et les âges, en
pédiatrie, c’est ça nos repères, pas le nom de famille ou la pathologie seule.
Après les trans, l’avantage de la nuit, c’est qu’on peut poser toutes les
questions qui nous passent par la tête, l’équipe a le temps de nous répondre,
de nous montrer les lieux pour trouver ce qu’on cherche, et c’est très bien
pour commencer un stage.
À peines
arrivées, on a entendu dire qu’aux urgences enfants, ils ont eu une mort subite
du nourrisson, ça annonce la couleur, surtout qu’apparemment, ils en ont eu une
la nuit précédente. Et au téléphone, ils nous demandent quelque chose, je vois
l’AP revenir avec une house, un petit sac blanc avec une fermeture… Ça fait mal
de se dire qu’un petit bébé va finir là-dedans. Il ou elle avait quatre mois.
Dans notre
service, apparemment rempli, nous avons ce soir deux découvertes de diabète,
une chez Mannon, 13 ans et une chez Sacha, presque trois ans. Cela
consiste à contrôler la glycémie une fois par heure avec une HGT
(hémo-gluco-test, une petite piqûre dans le doigt) et faire une prise de sang
toutes les trois heures pendant 12h puis à 24h pour voir si l’insuline rapide
qui passe dans un bras et le G5% qui passe dans l’autre bras arrivent à
équilibrer le taux de sucre dans le sang du patient. Ça occupe donc bien la
nuit. Comme l’IDE qui est normalement en hémato n’a que deux patients, elle
vient aider sa collègue et prend en charge une DD (découverte de diabète). Moi,
je suis l’IDE qui s’occupe de Sacha. Il est adorable, il y a ses deux parents
même si son père partira un peu plus tard, il y a la télé et il me fait des
petits sourires quand je le regarde. Ça, c’est avant qu’on lui fasse des
misères, pauvre petit loup. L’IDE doit lui faire une prise de sang mais il a
une main couverte (on met des petites attelles aux enfants qui ont des
perfusions pour éviter qu’ils se dépiquent) et un pli du coude couvert. Elle
essaie d’abord dans le pli du coude mais n’arrive pas à avoir assez de sang
alors elle repique dans la main libre et réussit. Elle prélève en même du sang
pour faire l’HGT, histoire de ne pas le repiquer. Le petit bout de chou pleure,
en plus ça va pas être la nuit idéale pour récupérer… les larmes me montent aux
yeux. Sa glycémie descend, c’est bien car il est arrivé avec plus de 6g de
sucre (la machine ne lit que jusqu’à 5,99g/l) donc c’était beaucoup. Les
parents posent des questions sur le diabète, ne savent pas trop à quoi
s’attendre, l’IDE leur explique, essaie de les rassurer, leur dit que c’est un
gros truc qui leur tombe dessus, ça c’est sûr, mais qu’on va les épauler et
tout bien leur expliquer. La maman commence à pleurer, ça a dû être une très
longue journée et elle n’est pas terminée. D’autant plus que ces patients
doivent ne rien manger ni boire jusqu’à ce qu’on les dépique, quand leur taux
sera stable, c’est-à-dire pas avant au moins demain matin.
Ensuite, on a
un patient apparemment bien connu du service qui arrive, Valentin. Il est dans
un fauteuil roulant et il a un gros engin en plastique orange au tour de son
haut du corps, c’est un corset. Ce patient a une atrophie spinale, ses muscles
ne se développent pas assez et cela a des répercussions sur sa respiration, il
a des aérosols et autres procédés pour l’aide à respirer mais ne veut pas
toujours les mettre. De plus, il a une scoliose qui réduit un de ses poumons
mais ne sait pas encore s’il pourra être opéré. Il ne peut pas bouger ses
jambes seul, il doit être aidé pour tous les actes sauf s’il peut les faire
avec ses mains. On utilise un lève-malade pour le porter de son fauteuil
jusqu’à son lit, il est pendu dans le vide, ça fait un drôle d’effet.
Ensuite, on a
une autre arrivée, Ismaël, 8 ans, soit disant pour déshydratation mais le bilan
sanguin n’en révélera pas, il a des nausées, en fait il couve plutôt une
gastro. Il est tout adorable, après qu’on l’ait installé, j’amène à sa maman un
plateau repas et à son papa, qui va repartir, le numéro direct du service s’il
veut appeler. Quand je retourne à la salle des IDE, je passe devant la chambre
d’une petite fille qui est à cloche pied et a une charlotte sur la tête, elle
me tend un grand papier et me dit « tiens, c’est pour toi » je la
remercie et prend le beau dessin colorié. Cette patiente s’appelle Audrey,
comme moi, et elle a une charlotte parce qu’elle a des poux. Elle est là pour
la douleur à son pied gauche qui l’empêche de marcher correctement. Ce qui est
dommage c’est qu’elle soit dans une chambre avec une autre patiente car dans la
nuit, la charlotte va s’enlever et on va de temps en temps apercevoir des poux
courant sur les draps… Je suis donc toute fière de mettre dans mes affaires
après l’avoir montré à l’équipe, mon tout premier cadeau !
On fait un tour
de toutes les chambres vers 22h30-23h pour voir si les patients dorment, s’ils
ont besoin de quelque chose, s’ils n’ont pas trop chaud car les radiateurs sont
tous à fond, et prendre quelques températures.
On continue à
poser nos questions, à 23h30, on refait un HGT à Sacha, l’autre élève suit
l’IDE qui s’occupe de Manon, l’autre DD. Vers minuit, on fait une pause pour
boire quelque chose, moi je grignote des biscuits pour m’aider à tenir le choc,
la fatigue ne se fait pas encore trop ressentir pour l’instant.
Ensuite, on
repart, on fait la deuxième prise de sang à Sacha, le petit loup se réveille et
pleure. Puis on refait un tour de toutes les chambres vers 1h. Entre deux, les
IDE font les trans écrites dans les dossiers, comme j’ai le temps, je fais déjà
mon travail de stage donné par l’IFSI, ça porte sur les dossiers des patients.
Après, l’IDE que je suis m’emmène voir le côté hémato, ce qu’on y trouve, les
dossiers de chaque patient, l’endroit où on prépare les soins en stérilisant,
une chambre protégée avec le SAS pour se préparer avant d’entrer, la petite
pharmacie, les chambres mère-enfant et plus loin, la partie consultations
d’hémato avec la bureau du médecin, la grande réserve, les archives si j’ai
besoin de renseignements sur un patient, la salle où l’IDE de jour (quand il y
en a une) fait les soins externes et la bibliothèque et la salle de cours. Il y
a deux institutrices qui donnent des cours aux enfants hospitalisés, en accord
avec l’école quand elles le peuvent. L’an dernier, deux patients ont même pu
passer le brevet à l’hôpital !
On continue
toutes les heures de faire les HGT, vers 2h30-3h, on fait un pause, là, les IDE
ont ramené la grosse gamelle, moi je mange du pain beurre confiture.
(forcément, personne ne nous a dit l’organisation des nuits) Ensuite, encore
les 2 HGT, la prise de sang pour Manon, quelques trans écrites et vient le tour
de 4h. Mes yeux commencent vraiment à me piquer mais le reste de mon corps
tient la route.
À 4h30, c’est
moi-même qui fait le HGT de Sacha, il se réveille à peine le petit chou. On
fait tout dans le noir avec juste les portes ouvertes. Je transmet donc dans
son dossier de soins. La nuit va se finir très doucement, je refais le HGT de
Sacha une heure plus tard en écrivant dans son dossier. Je recopie mon devoir
pour l’IFSI au propre, je grignote el l’IDE nous laisse partir à 6h25.
Je suis
rassurée sur la nuit, je le serais encore plus si j’arrive à bien dormir.
L’équipe est sympa, ouverte, nous explique bien, nous met à l’aise. Finalement,
commencer mon stage par des nuits est une bonne idée car on a bien le temps de
se familiariser avec le service et ce sera plus facile quand j’arriverai du
matin lundi prochain.
Par contre je
suis complètement déboussolée. Ce que j’ai fait hier après-midi, avant
d’arriver au stage, j’ai l’impression de l’avoir fait il y a trois jours. Et
quand j’arrive chez moi, je ne ressent même plus la fatigue (surtout avec le
froid « revigorant » de dehors) mais je m’endors facilement quand
même !
Bonjour, je suis étudiante infirmiere en fin de 2eme année et je me lance tout juste dans le TFE...J'aimerai traité comme sujet la mort subite du nourrisson. Pour cela j'ai besoin d'infos. En cherchant sur internet je suis tombée par hasard sur ce blog. Pourrais-tu si possible me dire plus précisément ce que tu as pu voir sur la mort subite du nourrisson durant ton stage ? c'est particulièrement le rôle de l'IDE qui m'interesse ici. Qu'à fait l'IDE dans une telle situation ? Comment étaient pris en charge les parents ? Par qui ?
J'espère que tu auras le temps de répondre à mes questions.
Merci d'avance.
Rédigé par: Clio | 19/08/2009 à 19:53